Source: Contre-feux, par Hayssam Hoballah
Chrome, le tout nouveau navigateur Internet « made in Google », est une petite révolution dans la stratégie du célèbre moteur de recherche, qui piétine les plates-bandes de Microsoft… Et s’approche toujours plus du système d’exploitation.
Jusque-là cantonné au rôle de fournisseur de services « gratuits » dont la stratégie est basée sur la publicité, le géant de Mountain View se rapproche, avec Chrome, d’une position de domination totale sur le marché, et semble déterminé à conforter sa position de leader devant son plus grand concurrent, Microsoft.
Google n’en est pas à sa première incursion dans Microsoft-land. Il s’était déjà attaqué à la recherche de fichiers présents sur le disque dur, à la suite bureautique, au chat… autant d’activités historiquement liées à la firme de Bill Gates. Mais avec Chrome, la concurrence entre
les deux géants s’intensifie et touche à son paroxysme.
Aperçu des antécédents
Google Desktop : la recherche locale de Google se substitue à la fonction de recherche basique qu’offrait Windows XP. On commence déjà à s’intégrer à Windows…
Gmail : Google s’attaque ici à l’un des fleurons sur Internet de Microsoft, Hotmail. Microsoft commence à réaliser son retard sur Internet et à considérer Google comme un sérieux concurrent.
Google Documents : attaque directe de Google à un produit de Microsoft, la suite Office. Google propose ce service gratuitement, et le fournit en ligne en présentant Documents comme une alternative gratuite et fiable à Office.
Google Talk :
La guerre est déclarée. Avec moins de succès mais autant d’efficacité, Google continue à offrir plus de convergence à ses utilisateurs avec son client chat, concurrent direct de MSN Messenger. Microsoft étant déjà bien ancré sur ce créneau, Talk a du mal à convaincre. Mais Google n’a pas dit son dernier mot et intègre Talk directement dans Gmail.
iGoogle :
Google lance son portail personnalisable et modulable, réponse au portail MSN de Microsoft. Google y intègre entre autres Gmail et Google Documents, ainsi que d’autres modules de parties tierces. MSN ne fait pas le poids et doit se réinventer un modèle, qui sans surprise se rapproche de iGoogle.
La tendance du tout-en-ligne
Google Chrome annonce l’avènement d’une stratégie nouvelle, celle du tout-Google-OS-inclus. Nous passons de plus en plus de temps avec une fenêtre de navigateur Internet ouverte, plutôt qu’avec une application locale, car nos applications et nos données sont de plus en plus hébergées à distance. La tendance est nette : le tout-en-ligne. Et le message de Google est clair : le futur sera Google ou ne sera pas.
Google a déjà une domination écrasante en ligne, ses services sont nombreux et en constante évolution. Mais pour pouvoir y accéder, un internaute doit encore utiliser un terminal physique ainsi qu’un système d’exploitation, et surtout un navigateur web… Ces contraintes ne sont pas du goût de Google : non seulement leurs services sont dépendants de la compatibilité avec les applications tierces, mais surtout ils n’ont aucun contrôle sur les données cruciales qui transitent par ces applications tierces.
Pour se développer, la multinationale s’est fixé pour mission d’organiser l’information mondiale. Autant dire que tous les moyens sont bons ! Surtout si cela passe par ces petits cookies pleins d’informations personnelles laissés sur notre disque dur lorsqu’on navigue sur Internet. Ces retours d’informations ont une valeur capitale. En connaissant mieux ses utilisateurs, Google cible
ainsi mieux ses publicités, ses annonceurs en ont pour leur argent, et Google également. Win-win comme on dit outre-atlantique…
Qui perd dans cette histoire ? La réponse est simple : Microsoft et son Internet Explorer. Non seulement IE était déjà assez mauvais et ne faisait guère le poids face à Mozilla Firefox, mais avec les prochaines versions de Chrome, il y a de fortes chances pour que ce dernier devienne un navigateur grand public au même titre qu’Internet Explorer, notamment grâce à la convergence de services proposés.
Google OS ?
Encore plus inquiétant pour Microsoft sont les perspectives de transfert graduel des activités locales vers un bureau en ligne, une sorte de Google OS ou système d’exploitation Google, extension hébergée à distance. Le navigateur web est le premier pas dans cette direction, et
il est aisé d’imaginer à l’avenir un terminal physique (ordinateur ou mobile) sur lequel serait installé un OS minimal avec comme élément central un navigateur Internet surpuissant permettant d’accéder en ligne à toutes ses applications. Bien sûr il faudra toujours une version des documents hébergée localement pour pouvoir travailler sans connexion Internet. Mais là aussi, Google a pensé à tout, avec son extension Gears qui permet de faire fonctionner ses applications hors-ligne.
Comparaison et perspectives
Malgré la stratégie de choc de Google, Microsoft est une multinationale présente sur de nombreux créneaux, et dont les résultats sont autrement plus importants que ceux de Google. Quelques statistiques du mois dernier :
L’âge de Google : 10
L’âge de Microsoft : 33
Revenu de Google durant les 4 derniers trimestres : $19.6 milliards
Revenu de Microsoft durant les 4 derniers trimestres : $60.4 milliards
Revenu de Microsoft à l’âge de 10 ans : $140 millions
($279 millions en dollars d’aujourd’hui)
Employés de Google, à partir du 30 juin : 19.604
Employés de Microsoft, à partir du 31 mai : 89.809
Valeur marchande de Google : $142 milliards
Valeur marchande de Microsoft : $241 milliards
Recherches mondiales sur Google en juillet : 48.7 milliards
Recherches mondiales sur Microsoft en juillet : 2.3 milliards
Microsoft reste un mastodonte. Mais au vu du transfert des activités bureautiques sur Internet et de la capacité d’innovation de Google, le nombre de recherches effectuées sur les moteurs respectifs des deux sociétés en dit long sur les perspectives d’avenir de chacune. Cet avenir passe par Google Chrome.